Mardi 8 août, 12h01
"Mesdames, Messieurs, bonjour. La SNCF et son personnel d'accompagnement sont heureux de vous accueillir à bord de ce train Corail intercités (sic) à destination de Deauville-Trouville."
A ma droite, un octagénaire à casquette en lin beige, extirpant de son sac à dos des serviettes en papier afin de s'en tamponner le front. Foulard en soie jaune noué autour du cou, canne en bois calée entre les jambes. L'heure du pique-nique. Une tranche de jambon sous vide prestement glissée entre deux morceaux de pain de mie, la canette Heineken déposée sur la tablette. Et puis soudain d'épouvantables quintes de toux. L'homme est écarlate, à la limite de l'attaque. Son voisin impassible ne fera pas un instant mine de s'y intéresser. Et l'enjambera même quelques secondes plus tard afin d'accéder au couloir. Alors que d'autres plus inquiets se préoccupent de son état et des larmes qui lui coulent sur les joues. Il leur répondra que c'est la climatisation qui est en cause, refusant d'attribuer son demi-malaise à une assimilation alimentaire hâtive.
L'épisode m'a quelque peu coupé l'appétit. Et ce n'est pas le sublime sandwiche "Atlantique" chiné en Gare qui risque de le raviver...
Devant moi deux vieilles devisant avec force poncifs des programmes télévisuels et de la vie en général. Trop de bruit dans les rails pour entendre distinctement sans faire d'efforts. Je n'aurai donc que quelques bribes de cette conversation retraitée, des onomatopées ponctuant des phrases, rien de très construit.
Bringuebalée au rythme des cahots du train, écrire me donnerait presque mal au coeur. Un peu partout dans le wagon on déjeune. Je déteste cette tranche horaire à laquelle les passagers extirpent de leur besace d'écoeurants sandwiches au pâté ou de graisseux hamburgers.
Vous avez dit misanthrope ?
Envie d'une clope et d'un café. Alors que j'ai décidé dimanche de me priver des premières. Auto-frustration comme dirait mon nouvel ami libertin (...). Plus de cigarettes, pas d'assouvissement hâtif des désirs afin d'éviter toute addiction affective, des privations. Une véritable ascète. Si une âme charitable souhaite soumettre ma canonisation au Vatican...
Le presque étouffé a dégrafé son foulard et tente à présent d'écouter sa radio. Tâche manifestement hardue que celle de relier l'appareil aux écouteurs afin de profiter de son émission sans pour autant divertir l'ensemble.
Un contrôleur passe et lui réclame sa carte de réduction. Malaimable à souhait le fonctionnaire au képi gris et bleu. Arguant du fait qu'il ne suffit pas d'avoir une canne pour être considéré comme invalide. Refusant de chercher la carte correspondante dans l'étui transparent qui lui est tendu. Pour finir par l'y récupérer afin de procéder à sa vérification. Maugréant qu'il n'est pas expert en cannes mais que celle qu'il aperçoit ne lui semble par pour autant être un instrument d'aveugle. Tout non spécialiste qu'il soit. Puisqu'il semblerait selon lui ce connard qu'elle ne corresponde pas aux standards.
Plus loin le même s'attaquera à un couple. Confisquant leurs cartes Vermeil soi-disant périmées malgré leurs réclamations. Remplissant consiencieusement son carnet à souche. Verbalisant hargneusement. Se déchargeant de ses frustrations sur les voyageurs.
Un trajet comme on aimerait en faire plus souvent...
Ou comment reconnaître dans ce récit l'aller-retour hebdomadaire effectué depuis maintenant plus d'un an. Ah quelle joie (et c'est peu dire) que de voir cette douleur partagée à la vue de ces divers sandwichs et autres instants de vie de voyageurs ...
Rédigé par: guizme | 09 août 2006 at 22:43
Il t'arrive toujours de ces trucs dans le train !
Le contrôleur a quand même l'air d'un grand connard...
Rédigé par: Rob's Week | 10 août 2006 at 22:33
J'ai également pris le train Paris Deauville-Trouville, mais le dernier dimanche de juillet : je me suis retrouvé en rade à Lisieux avec la correspondance annulée ! "Plus d'électricité sur la voie" depuis le début de l'après-midi : d'autres passagers étaient en rade depuis 13h30 ! Finalement des cars ont été affrétés, avec arrivée vers 18h30.
Il n'y a pas si longtemps, il y avait des michelines sur cette ligne : ils les ont cassées ?
Bref, z'avez de la chance... C'est quoi votre train ? L'arche de Zoé ? ;-)
Rédigé par: Miaou | 13 août 2006 at 15:25
une bière excellente et qui ne me déssoie jamais.
mon blog http://heineken.collection.over-blog.com
merci pour votre visite
Rédigé par: etienne | 20 septembre 2006 at 14:14