Culpabilité...
Sortie tôt du bureau aujourd'hui et passée dans une supérette de quartier. A l'entrée, près du tourniquet, un homme d'une cinquantaine d'années, feuille de chou à la main, vendeur d'écrit pour survivre. Je croise son visage sans croiser son regard. Les yeux volontairement dans le vague, lui comme moi. Lui sans doute parce qu'il voit défiler toute la journée des gens comme moi, qui entrent et sortent rapidement en se détournant. Moi parce que je suis toujours gênée dans ces cas là. De le voir ici. De me voir ici. De venir acheter un peu d'essentiel et un peu de superflu. Alors qu'il est ici pour des raisons essentielles et vendeur de superflu. Porteur d'un journal qui a eu ses heures de gloire au moment de son lancement. Tristes heures dictées par la nécessité. De récolter de la menue monnaie pour se nourrir, s'habiller, se réinsérer. Le grand boom des journaux "sociaux", je m'en souviens mais j'ai l'impression que cette époque est déjà loin. Réverbère, Macadam, le guide des restaurants parisiens. Le métro, la foule, toujours le même refrain, des habitués, des anonymes que l'on croise au détour d'un train. Des hommes et des femmes qui achètent parfois sans savoir pourquoi ces feuilles de papier qui tâchent les doigts. Y trouvent quelques faits de société noyés dans les annonces. Activité ? Mendicité ? Dans quel ordre mettre les choses ? Quel adjectif attribuer à quelle démarche ? A qui donner et pourquoi ? Je ne prends pas souvent le métro depuis quelque temps et ne suis donc pas sollicitée au quotidien par tous ceux qui ont moins de chance que moi et arpentent les souterrains parisiens afin de subsister. Qui se sont peu à peu marginalisés et peinent à redémarrer. Il y a quelque temps je les croisais plus souvent. Habituée tant qu'on peut l'être à cette souffrance et ces sollicitations, je les voyais passer comme on voit passer une ombre. Donnant parfois mais pas systématiquement. Souriant lorsqu'il y avait un échange. Un rapport humain. Aujourd'hui je ne sais plus me situer face à la misère urbaine. Le simple fait de tenter d'en parler me fait percevoir la complexité du sujet. A méditer...
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